Le CHRH a connu ce mardi 170mai un arrêt de travail à la demande des délégations syndicales. Une bonne septantaine d'agents était présente pour écouter les représentantes syndicales CGSP et CSC.

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CHRH 17/05/2016

La raison principale de cet arrêt porte, aux yeux des syndicats, sur un manque de respect du personnel par la direction.

Le désamour entre les deux partenaires ne date pas d'hier.

En 2000 puis 2008, en 2009 (avec une CGSP étrangement silencieuse), et en 2016 notamment.

Les syndicats :

Qui insistent sur l’urgence de retrouver «un climat serein, dans lequel les partenaires sociaux sont écoutés et respectés. Ceci est primordial pour retrouver de la stabilité à tous les niveaux. Dans tous les secteurs et dans tous les services.» (Source : lavenir.net)

Le secrétaire général Jean-François Ronveaux déclare dans un style reyndersien  à nos confrères de l'Avenir :

Contacté par nos soins, le secrétaire général du CHRH s’est dit «content d’apprendre enfin la raison pour laquelle les syndicats veulent débrayer ce mardi»

Que retirer de cette confrontation ?

D'abord que l'ambiance est très loin d'être sereine. Une direction qui verrouille la communication (nous en fîmes l'expérience) et des syndicats qui vivent mal ce qui leur semble être un manque de considération. Les syndicats dénoncent des pressions exercées pour empêcher la signature d'une pétition.

Quant aux faits évoqués lors de l'arrêt de travail, ils méritent quelques explications.

  • L'intérêt de l'Inspection des Lois sociales pour le fonctionnement hospitalier remonte à une dénonciation d'une infirmière de l'hôpital Princesse Paola de Marche sur ses conditions de travail. D'autres hôpitaux que le CHRH ont donc reçu des visites de contrôle.
  • Le fonctionnement hospitalier se déroule en permanence sur une corde raide. En cause des normes d'encadrement (élaborées par le fédéral et qui représentent une partie du financement des hôpitaux) en personnel soignant restrictives, insuffisantes pour permettre un travail dans des conditions optimales voire normales le plus souvent. En gros, la thèse fédérale, c'est économies et faire plus avec moins de personnel (un air de déjà vu pour les services publics). Ces normes d'encadrement sont calculées par indice de lits (chirurgie, médecine, ...) et évaluées par durée d'hospitalisation en fonction des pathologies. Il est patent que la politique hospitalière inspirée d'un néolibéralisme prégnant et donc uniquement axée sur des économies tout azimut met à mal une politique de soins qualitative.
  • Des normes d'agrément (contrôlées par la Région wallonne) qui elles augmentent le travail administratif du personnel soignant au détriment des soins et génèrent une augmentation de la pénibilité du travail.
  • Le cadre en personnel du CHRH est complet, ce qui n'empêche pas la multiplication des "heures supplémentaires" comme d'ailleurs dans tous les autres hôpitaux. Heures impossibles à payer sauf à mettre la clé sous le paillasson. Le secrétaire général signale avoir procédé à l'engagement de 10 agents pour apurer ces heures. Les syndicats ne fournissent pas de ratio entre ces heures et les heures fournies par les engagements mais ils déclarent à l'Avenir : "on en doute".
  • Les syndicats signalent que la Révision Générale des Barêmes (RGB) n'est pas effective à 100% (sans signaler où elle se situe). Comme dans d'autres hôpitaux dont certains sont déjà arrivés à 98%. Quid du CHRH ?
  • Ils dénoncent également une suppression de la prime de fin d'année. D'autres hôpitaux de la région liégeoise sont aussi déjà passés par là, avec augmentation des chèques-repas.
  • Des retards dans les évaluations sont évoquées. Ces évaluations sont en principe obligatoires tous les 2 ans (sauf en cas d'évaluation négative) et conditionnent l'évolution barémique des agents.
  • Une réaction par rapport à des congés payés "imposés" est également entendue. Dans plusieurs hôpitaux, le règlement de travail prévoit qu'un tiers des CP doit être pris avant le mois de juin de l'année en cours, que ceux-ci doivent être apurés pour la fin de l'année civile et qu'ils ne peuvent dépasser 3 semaines d'affilée pour permettre à tous de prendre des congés.
  • Les syndicats dénoncent également une modification des horaires qui perturbe et stresse le personnel. Le corset des normes d'encadrement oblige à des ajustements de la durée des pauses. Un Equivalent Temps Plein (ETP) doit prester 38h/sem de 5 jours, soit 7h36 par jour que l'on multiplie par le nombre de jours ouvrables pour obtenir le temps de travail mensuel. Les "Lois sociales" stipulent toutefois qu'un agent ETP ne peut dépasser 50h max/sem et qu'un agent à temps partiel ne peut prester d'heures supplémentaires, ce qui peut poser des problèmes lors d'un congé parental avec intervention de l'Onem par exemple. Concocter des horaires relève donc d'un passionnant défi. Soit des pauses de 8h sont établies ce qui allège les grilles horaires mais nécessite une récupération du trop presté, soit les pauses sont établies sur 7h36 ce qui allège les récupérations mais compliquent les grilles horaires. Un changement des horaires doit être validé par la délégation syndicale, ce que ne conteste pas le secrétaire général.
  • Enfin, les syndicats regrettent que la direction recourt à des intérimaires pour compenser certaines absences plutôt que d'augmenter les temps partiels qui le souhaitent. On en revient là aux normes d'encadrement. Tout dépassement de ces normes n'étant pas financé, il convient d'être prudent avec une augmentation du cadre soignant.

A l'issue de l'arrêt de travail, les syndicats ont demandé aux agents de leur fournir des éléments concrets de dysfonctionnement plutôt que de rester dans un ressenti générateur de stress.

Le CHRH est dirigé par l'ex-bourgmestre PS Alexis Housiaux, président du CA et Jean-François Ronveaux (ex-chef de groupe PS au Conseil communal) secrétaire général. La CGSP est quant à elle majoritaire.

Qu'il existe des problèmes de communication entre direction et représentants syndicaux est manifestement indéniable. En analyse institutionnelle, "le fonctionnement d’une institution est soutenu par une dynamique qui s’exerce en deçà de toute interaction entre individus, qui échappe à toute gestion délibérée et qui dépasse tout système hiérarchisé". Autrement dit, le champ des impressions, des ressentis est particulièrement important. Le fait que les responsables du CHRH soient d'anciens élus d'une majorité politique toujours aux affaires est suffisant pour donner au minimum l'impression d'une (trop) grande proximité avec les différents acteurs communaux. Ce ressenti peut générer des troubles de communication par des procès d'intention, des blocages à l'égard des responsables. En dynamique de groupe, on observe que plus un responsable est convaincu de son pouvoir, et à fortiori s'il fait partie d'un réseau, plus il provoque en retour un contre-pouvoir velléitaire qui peut lui aussi faire partie d'un réseau. Est-ce le cas au CHRH ?